Refus de couverture : le courtier n’est pas visé d’abord

Refus de couverture : le courtier n’est pas visé d’abord

Auteur

Denis Gouzée

Denis Gouzée

Avocat

Publié le 21/04/2026

La Cour d’appel de Bruxelles rappelle qu’un refus de garantie contesté ne suffit pas à engager le courtier avant d’avoir tranché la couverture.

Refus de couverture : peut-on poursuivre le courtier immédiatement ?

Lorsqu’un assureur refuse d’indemniser un sinistre, le courtier devient souvent la première cible. Ce réflexe est fréquent, mais il n’est pas toujours juridiquement justifié. En droit des assurances, un refus de garantie ne suffit pas, à lui seul, à démontrer que le courtier a commis une faute causant un préjudice certain.

L’idée centrale est simple : tant que la validité du refus opposé par l’assureur n’a pas été réellement tranchée, la perte de couverture peut rester incertaine. Autrement dit, l’assuré ne peut pas automatiquement considérer que son dommage est définitivement acquis et le réclamer au courtier comme si celui-ci devait se substituer à l’assureur.

Pourquoi un refus d’indemnisation ne suffit pas

Dans ce type de litige, trois éléments doivent être réunis pour engager la responsabilité du courtier :

  • une faute
  • un dommage certain
  • un lien de causalité entre la faute et le dommage

C’est sur le deuxième point que la difficulté apparaît le plus souvent. Si l’assureur refuse sa garantie, cela ouvre un litige sur la couverture. Mais ce refus ne prouve pas encore que l’assuré a définitivement perdu le bénéfice de l’assurance.

La distinction est essentielle. Un désaccord sur l’interprétation d’une police, une exclusion contestée ou une position discutable de l’assureur ne permettent pas, en eux-mêmes, de conclure que le courtier est responsable. Tant que le refus peut être remis en cause, le dommage invoqué contre l’intermédiaire reste potentiellement hypothétique.

Cette approche évite un glissement fréquent : transformer le courtier en débiteur de dernier recours dès que l’assurance ne paie pas. Juridiquement, ce raccourci ne tient pas.

Motorhome volé et usage locatif : les faits à retenir

L’affaire commentée illustre bien ce mécanisme. Un preneur d’assurance souhaitait couvrir un motorhome en précisant qu’il serait loué à des tiers. Une carte verte avait été remise, mais aucun contrat écrit n’avait été signé au moment utile.

Par la suite, le véhicule a été volé alors qu’il était en location, puis retrouvé endommagé. L’assureur a refusé son intervention en invoquant une exclusion liée à l’usage locatif.

Le point sensible du dossier tenait au fait que cette exclusion figurait dans une police rédigée après le sinistre et non signée par l’assuré. Le refus de garantie n’était donc pas forcément incontestable. Il existait, au minimum, une vraie discussion sur l’étendue de la couverture et sur l’opposabilité de l’exclusion.

Malgré cela, l’assuré n’a pas d’abord fait trancher le litige avec l’assureur. Il a choisi de poursuivre directement le courtier en lui reprochant un défaut de conseil et une mauvaise gestion de la couverture.

Peut-on attaquer le courtier si l’assurance refuse ?

La réponse qui se dégage de cette affaire est nette : pas sans prudence, et certainement pas de manière automatique.

Tant qu’un juge n’a pas validé le refus de l’assureur, il n’est pas établi avec certitude que l’assuré a réellement perdu le bénéfice de la garantie. Or, sans dommage certain, l’action en responsabilité contre le courtier peut être jugée prématurée.

Le raisonnement est logique :

  1. l’assureur refuse sa garantie ;
  2. ce refus peut être contesté ;
  3. tant que cette contestation n’est pas tranchée, la perte de couverture n’est pas définitivement acquise ;
  4. le dommage réclamé au courtier n’est donc pas encore certain.

En pratique, cela signifie que la question de la couverture doit souvent être résolue avant celle de la responsabilité du courtier. Si l’assureur a eu tort de refuser son intervention, le préjudice imputé au courtier peut disparaître ou, à tout le moins, changer de nature.

Que faire quand l’assureur refuse de couvrir un sinistre ?

Face à un refus d’indemnisation, l’assuré doit éviter deux erreurs : rester passif et viser immédiatement le seul courtier.

Vérifier les motifs du refus

Il faut d’abord analyser précisément la position de l’assureur :

  • quelle clause est invoquée ;
  • cette clause faisait-elle bien partie du contrat ;
  • était-elle claire, connue et applicable au sinistre ;
  • les circonstances du dossier permettent-elles réellement d’exclure la garantie.

Un refus de couverture n’est pas toujours définitif ni juridiquement solide.

Contester utilement si le refus est discutable

Lorsque le refus paraît contestable, il est essentiel d’agir de manière cohérente. Ne rien entreprendre contre l’assureur, puis réclamer directement tout le dommage au courtier, peut être reproché à l’assuré.

Cela rejoint une autre règle importante : l’obligation de limiter son dommage. Un assuré ne peut pas laisser se figer une situation contestable sans réaction, puis faire supporter à l’intermédiaire l’ensemble des conséquences.

Rassembler les bonnes preuves

Dans ce type de dossier, certains éléments sont déterminants :

  • la demande initiale du client ;
  • les échanges avec le courtier ;
  • les documents remis avant le sinistre ;
  • les conditions de la police ;
  • la chronologie exacte du dossier.

Pour le courtier, une traçabilité claire des conseils donnés et des besoins exprimés reste la meilleure protection.

Responsabilité du courtier : ce qu’il faut retenir

Cette solution ne donne aucune immunité au courtier. Si une faute est prouvée et si cette faute a causé un dommage certain, sa responsabilité peut être engagée. Mais encore faut-il respecter l’ordre logique du litige.

Un sinistre non indemnisé ne signifie pas automatiquement que le courtier a mal conseillé son client. De la même manière, un refus d’assurance ne prouve pas, à lui seul, qu’il existe déjà un préjudice indemnisable contre l’intermédiaire.

Pour les assurés comme pour les professionnels, l’enseignement est clair : quand l’assurance refuse de payer, il faut d’abord déterminer si ce refus est fondé. Ce n’est qu’une fois cette question clarifiée que la responsabilité du courtier peut être examinée avec rigueur.

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